Je ne trouve pas les mots et pourtant, c’est comme si je devais les coucher sur le papier. Les tirer de mon esprit encombré. Organiser mes pensées, faire face à cette réalité absurde : le droit à l’IVG vient d’être rejeté en Argentine. 

Ça fait trois fois que j’écris sur le sujet aujourd’hui et c’est comme si cela ne suffisait pas à faire taire la colère sourde, l’intense déception qui grondent dans ma poitrine.

J’ai l’image de ces sénateurs, de ces sénatrices – 38 sur un total de 72 – qui se satisfont du statu quo alors que des femmes meurent. Ces esprits étriqués qui ont confondu leur fidélité envers Dieu et leur devoir de représentants du peuple.

Je sais que leur temps est compté, qu’ils ne domineront guerre plus longtemps nos corps. En réalité d’ailleurs, ils n’ont jamais eu aucun pouvoir dessus : leur décision de nous maintenir dans l’illégalité ne nous empêchera pas d’enfreindre la loi.

Une législation comme celle-ci n’est vouée qu’à être transgressée. C’est le cas partout où l’IVG est illégale. Quoi qu’en pensent les dirigeants et les magistrats, les femmes ont le dernier mot sur ce qui est leur propriété : leur corps.

Elles subissent l’opprobre, sont pointées du doigt. Elles finissent derrière les barreaux. Elles se ruinent la santé, en meurent parfois.

Mais elles décident pour elles-mêmes.

Et lorsqu’ils s’apercevront qu’au nom de la vie, ils ont provoqué des hécatombes, lorsqu’ils comprendront qu’on ne leur pardonnera jamais ce massacre, il sera trop tard pour se racheter.

Ils appartiennent à l’ancien monde, et n’ont pas compris que la vague verte qui a envahie les rues ces derniers mois n’était qu’un avertissement. Qu’après celle-ci, viendrait bientôt un véritable tsunami.

Quand submergés, ils tenteront d’appeler à l’aide depuis les quelques îlots conservateurs qui subsisteront, ils se rendront compte à quel point le monde ne les a pas attendu pour tourner. Alors ils réaliseront que les secours ne viendront pas, qu’ils relèvent du passé depuis trop longtemps.

En réalité, s’il n’était pas question des vies de mes sœurs, la pitié aurait déjà remplacé le dégoût que j’ai pour eux.

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