Premières soirées de mon été, dans ma campagne deux-sévrienne. J’ai toujours une appréhension. Mon imagination s’emballe facilement pour me faire croire que le manque de nouvelles prises et données ces derniers mois auront créé un fossé impossible à combler. Et si je n’étais pas loin que physiquement ? Si j’étais loin tout court ?

Mais mes doutes se dissipent instantanément lorsque je mets les pieds sur la terrasse, lorsque la porte s’ouvre après que j’ai sonné alors que j’ai 3h de retard sur mon heure d’arrivée annoncée.

Personne n’a disparu. Les souvenirs communs sont intacts, les éclats de rire demeurent.

Mon corps n’a pas oublié la chorégraphie mise en place depuis des années sur Ève lève-toi, mon cerveau sait pertinemment comment les lacets des routes de campagne s’enchaînent entre chez moi et Le Vieux Lié, entre chez moi et Vitré, entre chez moi et Lezay.

Les nouveautés musicales se mêlent aux sons de mon adolescence pendant que la table se charge de plats et qu’on décapsule les bouteilles.

Quelques détails indiquent que l’on ne célèbre plus nos bacs et la liberté qui se profile avec eux, mais simplement le bonheur d’être réunis.

Les packs de bières par exemple : les Kro et Heineken cèdent de plus en plus leur place à des cuvées plus « raffinées ». Je n’ai plus besoin de l’effet désinhibant que produit l’alcool pour danser. Certaines joues se sont gonflées et d’autres creusées. On commence par se demander de quoi sera faite l’année qui vient parce qu’il devient compliqué de suivre au jour le jour les évolutions de chacune et chacun.

Mais les habitudes sont tenaces et on se retrouve vite à se confier nos secrets, à faire pipi à plusieurs, à avoir des débats plus ou moins absurdes sur les bénéfices ou non du topless en se montrant nos tétons (note de l’auteure : ceci n’est pas une habitude mais ça méritait d’être cité).

Et ma peur de l’abandon s’évanouie, chassée par l’amour qui se dégage de nous.

Je réussi à prendre le temps de m’extasier, en tant réel, sur ce que nous sommes devenu·es.

Sur les rêves qui se réalisent, les ambitions qui se révèlent, les interrogations levées sur notre avenir ou celles qui demeurent pour notre plus grand bien. Je réalise, minute après minute, à quel point j’admire chacune des personnes qui ont partagé mon quotidien pendant un temps et qui auront toujours une place de choix au Panthéon de mes amitiés.

Cette équipe gagnante n’est constituée que de battant·es, d’esprits brillants, de personnes engagées et passionnées à leurs façons. On fait un beau panel d’êtres vivants capables de s’enrichir les uns les autres.

Échantillon : je sais à qui m’adresser pour savoir comment récupérer ma caution locative, je découvre l’indemnisation des dommages corporels et l’importance d’assister juridiquement les personnes pouvant en bénéficier, je réalise la nécessité de sous-titrer toutes les vidéos et pas seulement celles qui ne sont pas en français, je constate les talents de comédiens confrontée à une surprise, je reconnais l’expertise musicale quand je la vois, je découvre de nouvelles méthodes de défense des droits des salariés, je récolte les souvenirs de voyages, j’apprends même à différencier un moustique mâle d’un moustique femelle et à reconnaître le sexe d’un papillon de nuit.

Et je ne changerais pour rien au monde ce que l’on est. On a beau ne plus se voir tous les jours, les moments que l’on a partagés demeurent et on continuera de se créer des souvenirs mémorables. Y compris avec celles et ceux qui n’étaient pas là lors de cette première soirée d’été.

Cette permanence dans le changement me met du baume au coeur et me rassure. Ce n’est pas quelques messages laissés sans réponse ou jamais envoyés qui mettront en danger ce qu’il y a ici.

Ma source.

Mes proches.

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