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Cap de Bonne Espérance, Afrique du Sud, Décembre 2015. © Esther Meunier

Et c’est reparti pour un tour. Un tour de quoi un tour de tout un tour de oui ça fait cinq ans qu’on se tourne autour qu’on se prend la main qu’on s’égare qu’on se rattrape. On ne se refait pas. Mais on est là, les pieds bien ancrés dans le sol cette fois.

Il y a un océan qui tente de faire vaciller nos appuis, comme les vagues que tu te ramasses quand t’es haute comme trois pommes au bord de la mer. Mais après quelques gamelles, tu te relèves, tu les regardes, et elles ne te font même plus trembler, les vagues. Tu les affrontes joyeusement.

Alors oui, à chaque fois qu’on se remet à l’eau, les premières minutes sont délicates. C’est froid, ça bouge beaucoup, et on ne voit pas ses pieds au fond : si ça se trouve il y a un requin là-dessous. Et puis on s’habitue à la température, on se stabilise et on finit par nager tranquille, sans sourciller, parce qu’on a raisonné la peur du requin qui nous guetterait soi-disant. Irrationnelle. Et finalement, ce n’est plus si inconfortable que ça. Et bien le manque, c’est pareil : ça s’apprivoise. Les premiers jours sont longs et tristes et au final, on s’y fait, on trouve des substituts aux bras réconfortants qui ne sont plus là dans le son de la voix qui constitue les innombrables messages vocaux qu’on reçoit sur WhatsApp. Les photos de nu, le message qui t’attend au réveil invariablement, décalage horaire oblige, les Skypes sans fin parce qu’on galère à raccrocher. Ce n’est pas le même confort, mais on est bien quand même, tu vois.

Et puis, ce n’est pas comme si c’était la première fois. On a grandi.

De la même manière qu’à 21 ans, je ne tremble plus devant les vagues qui me faisaient reculer à 5, aujourd’hui je ne panique pas face aux 6 mois à venir. D’autant plus qu’une fois qu’on s’est fait fauchés par les rouleaux bien salement, on a appris à tomber. On se fait moins mal. Et surtout : on ne se fait simplement plus fauché parce qu’on sait repérer les courants, les remous qui pourraient nous mettre un coup, on a appris à plonger sous la vague plutôt que de la laisser nous renverser. Le coup de déprime je le vois venir, je sais comment l’anticiper et le contrer. Je ne vais pas me laisser noyer sous des flots de tristesse qui vont me gâcher la vie cette fois, ah ça non. Je vais pagayer gaiement au-dessus, surfer sur la vague, plonger dessous, remonter à la surface. Tout ça dans un grand élan. J’ai trop de livres à lire, de rencontres à faire, d’articles à écrire, de projets à finir… une langue à apprendre. Je ne vais pas me laisser faire. J’ai plus le temps pour ça.

Alors à nous deux, l’Atlantique. Même pas peur.

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