darkness

C’était déjà pas une bonne semaine. Mon moral et ma foi en l’humanité avaient déjà pris un sacré coup, et même si heureusement je suis entourée de personnes formidables qui me permettent de sourire, de rire, et de savoir qu’il reste de la beauté dans ce monde, je suis déjà à fleur de peau.

Et ce soir, comme à chaque fois que je rentre chez moi, je suis passée devant cette famille à la rue. Je les ai abordés la semaine dernière, on a échangé difficilement puisqu’ils ne parlent ni français ni anglais. En fouillant loin dans mes restes d’espagnol, qu’eux même ne parlent pas vraiment, je suis parvenue à savoir qu’ils ne reçoivent pas d’aide. Apparemment les maraudes ne passent pas par ici et ils n’ont de contact avec aucune association. Alors la semaine dernière, je leur avais dit que je reviendrai, que j’allais trouver une solution pour qu’ils aient de l’aide.

C’est ce que j’étais entrain de faire ce soir. Je leur expliquait qu’il fallait qu’ils s’adressent au BAAM, qui est actif tout autour de Stalingrad. Quand soudain, des mots comme des coups de poignard, sifflés dans mon dos.

« Encore une connasse. Sale pute. Ferme ta gueule. »

Un moment d’ahurissement et une colère noire.

« Pardon ?! C’est à moi que vous parlez monsieur ? A quel moment vous pouvez m’insulter comme ça ? Je ne vous parlait pas, je ne vous ai rien fait, à quel moment vous pensez être légitime pour m’insulter comme ça ? »

Ces mots je ne les ai pas dits, je les ai criés. Suffisamment fort pour que tout le monde autour sache ce qu’il venait de se passer. Evidemment, zéro réaction.

Je suis retournée finir ma discussion avec la famille, leur dire que je viendrai avec une carte pour leur montrer où c’est ou que je les accompagnerai pour que des gens qui ont les ressources et les compétences pour s’occuper d’eux le fassent.

J’ai fait quelque pas, et j’ai explosé en sanglots, de rage. L’homme qui m’avait insultée comme ça, continuait d’avancer à petits pas traînants devant moi. Et j’étais si impuissante. J’aurais voulu le dénoncer, mais à qui ? J’étais si en colère que j’aurais été prête à le frapper.

Alors j’ai appelé mon meilleur ami, il m’a aidé à me calmer. Je suis rentrée chez moi. Et dans mon salon, les bras ballants, je ne comprends pas. Pourquoi tant de haine, de violence froide et gratuite ? Pourquoi tant de rancœur dans les petits yeux méchants de cet homme ? Pourquoi s’est il donné la peine de m’adresser la parole pour vomir des insultes lâches ? Je n’ai pas obtenu de réponses en lui criant dessus, juste quelques insultes supplémentaires.

Je n’ai pas d’explications. Je ne sais pas si c’est parce que je suis une femme, ou si c’est parce que j’étais entrain d’essayer d’apporter mon aide à une famille à la rue. Je penche pour un mélange des deux. Mais dans les deux cas, comment on en arrive là ?

La tentation est forte d’abandonner. De perdre espoir. Ça commence à faire beaucoup de défaites et parfois, on ne sait plus à quoi ça sert de se battre.

Mais au fond, la personne qui avait raison, c’est la jeune femme qui était entrain de faire de son mieux pour que trois personnes ne dorment plus dans la rue. Pas le soixantenaire aigri qui l’a insultée.

Alors je retournerai les voir, avec ma carte, ou avec ce que j’aurais trouvé pour les aider. Je continuerai de sortir dans la rue. Je continuerai de faire ce que je crois être bon. N’en déplaise à ceux qui n’ont que la haine.

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